Photo Covid-19 Maison Jardin N° 14

150.00 - 500.00

La photo des toupies est la N°14 de la série « Covid-19 Maison Jardin » et les autres sont des illustrations du texte.
Ces toupies font partie de l'histoire de ma famille. Je vais tenter de vous en raconter une partie, pour mieux comprendre leurs raisons d'être.
Mon père les a fabriquées il y a cinq ans, puisant dans son savoir de menuisier et aussi dans sa culture d'un monde rural.
En 1930, mes grands parents Eugène et Augustine vivaient dans la campagne de Lampaul Guimiliau et Eugène était charron. La voiture remplaçant les charrettes, ils sont partis à Brest pour trouver du travail. Eugène est devenu ouvrier à l' arsenal et ils ont acheté un terrain dans le quartier de Saint Marc et construit une maison.
Mon père François est né en 1932 et a fait comme ses deux frères Alain et André des études en menuiserie.
Entre le début et la fin de la guerre d'Algérie ils ont créé une société familiale de menuiserie isotherme « Olivré Frères », construisant un grand atelier près de la maison parentale.
Mes parents et mon oncle Alain et ma tante Marie-Thérèse se sont installés à côté.
Pour les enfants, Eugène et Augustine deviendront « Pépère et Mémère ».
Une fois en retraite, Eugène a continué à travailler pour ses fils jusqu'à sa mort.
L' atelier était un lieu de rendez vous des enfants pour l'apprentissage du bois sous le regard attendri de Pépère.
Nous lui quémandions des jouets et il nous offrait du tout fait « maison ».
Nous avions les plus beaux arcs et flèches du quartier, des toupies...
Pour gagner notre argent de poche, nous travaillions avec lui dès douze ans.
Pépère avait une vareuse bleue marine et Mémère était habillée en noir et ils étaient chaussé(e)s de sabots.
Lui travaillait sur le bois et gérait l'entretien des machines de l'atelier et elle s'occupait du grand jardin potager.
Ils représentaient un monde rural dans la ville.
En 1993, quand mon père et ses frères ont pris leur retraite ils ont décidé de garder ce grand atelier.
En 2020, à 88 ans, mon père se lève à 8h. Il prend son thé/tartine en lisant « Le Télégramme », puis il emprunte le même chemin qu'il a pris depuis soixante cinq ans.
Il fabrique, répare toujours quelque chose.
Je passe le voir et nous discutons de tout et aussi des travaux en cours.
Un jour, je l'ai vu coller des bois nobles, des plaques d'aluminium, des plaques fines de plastique. Il m' a expliqué qu'il commençait une série de toupies.
Il en a fait quarante.
Quand il les a distribué à la famille, j'ai eu le privilège d'en avoir dix.
Elles me reviennent en tant qu'enfant d'un monde de la menuiserie et du bois, matière noble dont je suis très proche.
Mon père fabrique des objets pour des enfants-petits enfants et les générations futures.
Peut être un éloge à mon père et à sa vie.

Photographie de 9 toupies sur un fond blanc.
Un « détail » sur cette photographie : vous remarquerez qu'une toupie a pris la liberté de quitter son axe durant la prise de vue. On l' appellera « punctum » (référence au livre « La chambre claire » de Roland Barthes)...